My baby just cares for me,
Cleopatra Gones, Talia Maidenberg, 19.3.2026-25.4.2026, exo exo, Paris République

Talia Maidenberg,
Good Old Apollonia, 2024
Oil on wood, 24 x 32 cm
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Cleopatra Gones,
Love is Wicked, 2025
Silkscreen print and various techniques on hair extensions, trinkets, 200 x 140 cm
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*English below*
FR.
« I wonder what’s wrong with baby ?
My baby just cares for me »
Tout commence par la promesse d’un amour total. Caractéristique des standards amoureux des années 60, ce refrain que la très
large diffusion semble avoir vidé de toute substance personnelle, capitalise sur la vision idéalisée d’un amour absolu. Par le choix de
ce titre, Cleopatra Gones et Talia Maidenberg opèrent ici un geste de réappropriation critique en en déplaçant à nouveau la portée
symbolique. Pour trouver le sens, il faut ici se dépouiller de toute forme de romantisme : c’est dans les mots, désormais chargés d’une
matière réflexive, que le déplacement s’accomplit. Celui de baby, d’abord, qui cristallise une ambiguïté fondamentale. Derrière une
tendresse apparente, il laisse transparaître l’architecture de relations asymétriques où l’un dépend et l’autre protège. Celui de care
ensuite, moins attention portée que responsabilité morale et affective. Recourir à ce terme revient inconsciemment à instituer une
hiérarchie sentimentale, où l’un devient garant quand l’autre se trouve placé en situation de vulnérabilité.
C’est le lien mère-fille qui est à l’œuvre ici dans l’évocation de la référence à Nina Simone, la transformation de cette relation dans le
temps, le rapport difficile à la maternité, l’injonction et le devoir parental qui rencontre le choix d’une vie d’artiste. Habiter son corps,
c’est peut-être toujours habiter celui de sa mère en prolongeant en soi ce qu’elle nous a transmis. Ambivalent par nature, le care se tient
entre geste d’amour et contrainte silencieuse selon qui le prodigue et qui le reçoit.
Dans un antre aux allures de chambre à coucher, des figures féminines semblent vivre une vie à l’abri des regards. Bien qu’exposées
à nos yeux, rien ne semble dicter les gestes et postures de ces femmes absorbées par leur propre reflet. Au centre de l’espace, repose
un corps auquel a été refusé un nom. Dans « Sculpture sur sommier » de Cleopatra Gones, la narration se loge au cœur même de
la matérialité. Mélange de chaux et de sable, le moulage convoque ici l’imaginaire de corps de métiers masculins ; comme si de
l’existence des hommes, absents du récit, ne subsistait qu’une inscription dans la matière. Sur cette surface affleure l’empreinte d’une
résille comme venue d’en dessous de la peau, moins décor que persistance d’une marque ancienne. Stigmate inscrit dans la chair, la
lingerie dépasse l’intime pour devenir mémoire : celle de la fétichisation des corps noirs, des regards et des violences qui l’ont précédé.
Prolongement de la perception, le miroir qui lui fait face arrache le corps à sa présence tangible pour lui offrir une seconde vie,
comme un récit parallèle dont la réflexion devient le réceptacle de nos projections.
Dans les tableaux de Talia Maidenberg, le miroir aussi ne se contente pas de réfléchir le soi mais devient l’outil même par lequel celui-
ci se déplace et se construit dans sa rencontre avec l’altérité. L’artiste y observe son propre corps pour le peindre, mais l’image renvoyée
n’a rien d’objectif : elle fragmente, déforme, contraint parfois la figure, faisant du corps un espace de projection vers d’autres existences.
Dans ses peintures, l’identité se fait mouvante, en cours de recomposition. Des visages fragmentés y côtoient des silhouettes mal à
l’aise, à l’étroit. Dans cet espace instable, l’enveloppe charnelle se fait parure et prison, prise dans une tentative fragile de se saisir elle-
même sans parvenir à se fixer.
Ces reflets introspectifs, vecteurs de récits parallèles, détachent les corps de leur matérialité pour n’en offrir que leur image. S’y
rejouent les gestes liés à la beauté répétés devant la glace : s’habiller, se coiffer, se maquiller ; comme autant de rituels d’imitation
où se transmettent des formes de féminité. C’est cette circulation des vécus à travers les gestes de soin que l’on retrouve dans « Love
Is Wicked », de Cleopatra Gones, où le cheveu se fait extension symbolique de la figure maternelle. L’idée de transmission comme
enseignement d’abord, mais aussi comme contamination de la psyché, donne finalement naissance à des figures de femmes quasi-
mutantes dont les corps et les gestes sont traversés par ceux des femmes avant elles.
– Cléo Farenc
Cléopatra Gones (née en 1999 à Amadora, Portugal) vit et travaille à Paris. Son travail explore les tensions entre soin et pouvoir
à travers des installations et sculptures qui détournent les objets de beauté et de l’intimité. Nourrie par les héritages coloniaux, elle
fragmente les représentations de la féminité noire pour faire émerger un imaginaire rituel, sensuel et politique où le corps devient
archive vivante.
Cléopatra a participé à plusieurs expositions collectives, notamment au Musée Eugène Delacroix (Paris) en 2022, au Confort
Moderne (Poitiers) et à l’Espace Voltaire (Paris) la même année. Son travail a également été présenté au Palais de Tokyo dans Foudre
Sentimentale (2022–2023). En 2025, elle participe à Felicità au Palais des Beaux-Arts de Paris.
Talia Maidenberg (née en 1998, France) vit et travaille à Paris. Ses peintures investissent les dimensions étranges et troublantes du
désir au sein d’un univers féminin. Ses figures apparaissent souvent isolées, solitaires, et parfois au prise de relations ambiguës entre
sensualité et consommation.
Talia a présenté sa première exposition personnelle à la Galerie Sorgenfri (Oslo) en 2024. Elle a ensuite participé à des expositions
collectives à la Fondation Art Encounters (2025) et à Galerie Jecza (2025) à Timișoara, ainsi qu’à Ninetto (2025–2026) à Athènes. À
Paris, elle a exposé avec Whitewall Magazine (2025) et La Boulangerie! (2024). En 2026, elle a présenté des œuvres à Mexico avec
Galerie Georgina Pounds à l’occasion de Zona Maco. Elle présente une exposition en duo chez Exo Exo Paris en mars 2026.
EN.
« I wonder what’s wrong with baby ?
My baby just cares for me »
It all begins with the promise of absolute love. A hallmark of 1960s romantic standards, this refrain—so widely circulated that it
appears stripped of any personal meaning—capitalizes on an idealized vision of absolute love. By choosing this title, Cleopatra Gones
and Talia Maidenberg enact a gesture of critical reappropriation, shifting its symbolic scope once again. To find meaning here, one
must strip away all forms of romanticism: it is in the words themselves, now charged with reflective substance, that the displacement
takes place. First with baby, which crystallizes a fundamental ambiguity. Beneath an apparent tenderness, it reveals the architecture
of asymmetrical relationships in which one depends and the other protects. Then with care, which is less about attention than about
moral and emotional responsibility. To use this term is, unconsciously, to institute a sentimental hierarchy in which one becomes the
guarantor while the other is placed in a position of vulnerability.
It is the mother–daughter bond that unfolds here through the evocation of Nina Simone, the transformation of this relationship over
time, the fraught experience of motherhood, the injunction and parental duty that collide with the choice of an artist’s life. To inhabit
one’s body is perhaps always to inhabit one’s mother’s body, extending within oneself what she has transmitted. Ambivalent by nature,
care oscillates between a gesture of love and a silent constraint, depending on who gives it and who receives it.
In a den-like space reminiscent of a bedroom, feminine figures seem to live a life sheltered from view. Though exposed to our gaze,
nothing appears to dictate the gestures and postures of these bodies absorbed in their own reflection. At the center of the space
rests a body to which a name has been refused. In Cleopatra Gones’s Sculpture sur sommier, narration is lodged at the very heart
of materiality. A mixture of lime and sand, the cast summons the imaginary of male-dominated trades—as if from the existence of
men, absent from the narrative, only an inscription in matter remained. On this surface, the imprint of a mesh emerges as though
from beneath the skin, less ornament than the persistence of an old mark. A stigma inscribed in flesh, lingerie exceeds intimacy to
become memory: the memory of the fetishization of Black bodies, of the gazes and violences that preceded it. Extending perception,
the mirror facing it tears the body from its tangible presence to offer it a second life, like a parallel narrative whose reflection becomes
the receptacle of our projections.
In Talia Maidenberg’s paintings, the mirror likewise does more than reflect the self; it becomes the very tool through which the self
shifts and takes shape in its encounter with otherness. The artist observes her own body in order to paint it, but the reflected image
is anything but objective: it fragments, distorts, sometimes constrains the figure, turning the body into a site of projection toward
other existences. In her paintings, identity is fluid, in the process of recomposition. Fragmented faces coexist with uneasy, cramped
silhouettes. In this unstable space, the fleshly envelope becomes both adornment and prison, caught in a fragile attempt to grasp itself
without ever managing to settle.
These introspective reflections, vectors of parallel narratives, detach bodies from their materiality to offer only their image. Replayed
within them are the gestures of beauty repeated before the mirror: dressing, combing, applying makeup—rituals of imitation through
which forms of femininity are transmitted. This circulation of lived experience through gestures of care resurfaces in Cleopatra
Gones’s Love Is Wicked, where hair becomes a symbolic extension of the maternal figure. The idea of transmission as teaching, but
also as a form of psychic contamination, ultimately gives rise to quasi-mutant female figures whose bodies and gestures are traversed
by those of the women who came before them.
– Cléo Farenc
Cléopatra Gones (born 1999 in Amadora, Portugal) lives and works in Paris. Her work explores the tensions between care and
power through installations and sculptures that subverts objects of beauty and intimacy. Informed by colonial legacies, she fragments
representations of Black femininity to bring forth a ritual, sensual, and political imaginary in which the body becomes a living archive.
Cléopatra Gones has participated in several group exhibitions, including at the Musée Eugène Delacroix (Paris) in 2022, at Confort
Moderne (Poitiers) and Espace Voltaire (Paris) that same year. Her work was also shown at the Palais de Tokyo in Foudre Sentimentale
(2022–2023). In 2025, she took part in Felicità at the Palais des Beaux-Arts de Paris.
Talia Maidenberg (born 1998, France) lives and works in Paris. Her paintings explore the strange and unsettling dimensions of
desire within a feminine universe. Her figures often appear isolated, solitary, and at times caught in ambiguous relationships between
sensuality and consumption.
Talia Maidenberg presented her first solo exhibition at Galerie Sorgenfri (Oslo) in 2024. She then took part in group exhibitions at the
Art Encounters Foundation (2025) and Galerie Jecza (2025) in Timișoara, as well as at Ninetto (2025–2026) in Athens. In Paris, she
has exhibited with Whitewall Magazine (2025) and La Boulangerie! (2024). In 2026, she presented works in Mexico City with Galerie
Georgina Pounds on the occasion of Zona Maco. She will present a duo exhibition at Exo Exo Paris in March 2026.